“Je ne sais vraiment quoi penser quand je lis des critiques, bonnes ou mauvaises… ça ne me donne jamais le sentiment que je saurais comment faire la prochaine fois que je m’assiérai pour écrire, ce qui est mon vrai problème. ”

John Ashbery

INTRODUCTION Par Jim Andrews
Traduit par Philippe Castellin




Paris Connection se concentre sur l’extraordinaire web art pratiqué à Paris par six artistes français : Jean-Jacques Birgé, Nicolas Clauss, Frédéric Durieu, Jean-Luc Lamarque, Antoine Schmitt, et Servovalve. Paris Connection, par le biais d’interviews, portraits et textes divers, présente une image de chacun de ces artistes individuellement mais aussi d’un groupe aux structures plutôt souples.

La cohérence de leur travail de groupe est étonnante. Paris Connection est une co-publication de quatre sites dans quatre pays : Brésil, Canada, Allemagne, et Etats-Unis. Les interview-portraits sont disponibles en anglais, français et portugais. Les écrits de Roberto Simanowski sont disponibles en anglais et allemand. Chaque site présente Paris Connection de manière différente. Les interviews et portraits sont visibles sur tous les sites, à cela s’ajoutant d’autres écrits gérés en commun et que chacun pouvait choisir d’inclure ou pas, permettant ainsi que la présentation du projet varie d’un site à un autre.

Individuellement, les six artistes français comptent parmi les plus brillants artistes de la planète web. Et, comme il s’agit vraiment d'artistes du web, ce que vous trouverez en ligne est l’oeuvre elle-même, non sa représentation. Quelque chose de beau est en train de se produire à Paris. Ils se connaissent à peu près tous. Seuls Servovalve et Clauss semblent ne jamais s’être rencontrés. Beaucoup d’entre eux ont déjà travaillé ensemble, le fait qu’à l’exception de Birgé ils utilisent tous le même outil (Macromedia Director) facilitant la collaboration. La synthèse art, media, mathématiques, programmation, aussi bien en ce qui concerne le groupe des six artistes que leurs travaux individuels est exceptionnelle.

Trois d’entre eux, Durieu, Schmitt et Lamarque, sont des artistes programmateurs. Director fait partie de leur répertoire depuis dix ans; ils ont commencé à travailler sur CD puis sont passés au web, bien qu’il leur arrivent encore d’avoir recours au CD: le CD encore aujourd’hui est la seule solution pour des projets réellement lourds. Ceci dit, en visitant les sites de ces trois artistes vous ne trouverez pas vraiment de similitudes stylistiques ou, même, conceptuelles. A quelques exceptions près, bien entendu, si drôles que les interviews n’ont pas manqué de les explorer.

A la différence de Durieu, Schmitt et Lamarque, le parcours de Servovalve n’est pas celui d’un programmateur; cependant petit à petit son travail entre dans cette même sphère avec, je trouve, beaucoup de réussite et d’énergie. Les « chansonnettes «techno-visuelles », de Servovalve fonctionnent comme une musique visuelle minimaliste où image, son et code, forment une unité totale.

Cette obsession de la musique multimédia, Servovalve la partage avec Lamarque et Birgé. La Pianographie de Lamarque est une oeuvre aussi bien musicale que visuelle. Cependant, une fois de plus, les démarches se distinguent aisément. La Pianographie de Lamarque est un instrument interactif. Servovalve n’insiste pas sur l’interactivité de la même manière, et la musique ou le visuel, sont propres à Servovalve. Ajoutons que Servovalve présente sa musique en performance et se produit lors de soirées.

Il y a aussi Jean-Jacques Birgé. Ce dernier possède une riche expérience dans tous les media – il écrit de nombreux articles pour des journaux et des magazines, de la poésie, des paroles de chanson, il a dirigé quelques films, publié une douzaine de disques, s’est produit des centaines de fois en public, a composé la musique de 200 films, des musiques pour pièces de théâtre, ballets, radio, créé des CD-Roms, des sites web, présenté d’énormes expositions - mais vu qu’il est le seul à ne pas utiliser Director, il collabore avec les autres. Ainsi il a travaillé avec Schmitt, Durieu, Lamarque et Nicolas Clauss en faisant du son pour plusieurs de leurs travaux. Mais il n’est pas un simple fournisseur de son, il travaille dans la même optique, celle de l’inter-activité et du visuel et de la musique, et il s’agit donc d’une véritable collaboration. C’est d’ailleurs lui qui travaille le plus avec chacun des six, qui se rencontrent principalement autour de lui. Birgé est certainement le plus célèbre du groupe. Il est connu comme l’homme de la musique multimédia en France, et, restant ouvert à d’autres projets liés à tous les média, ne borne nullement son activité à celle du groupe.

Nicolas Clauss travaille régulièrement avec Birgé. Celui-ci a fait plus de son sur le site de Clauss que sur aucun autre. Au départ Clauss est peintre – tout comme Lamarque – quelqu’un qui s’intéressait beaucoup au cinéma et à la vidéo, quelqu’un qui traite la pellicule pour faire de l’art visuel. Lui non plus n’est pas programmateur, mais son travail aux frontières entre peinture, code, films et son, ainsi que sa capacité à oeuvrer en groupe, ont abouti à faire, à juste titre, connaître son travail à travers le monde.

Un tel coup d’œil porté sur leur travail individuel fournit déjà une forte impression. Mais c’est au niveau du travail de groupe que les relations entre les différentes approches engendrent -d’après moi !- les résultats les plus intéressants. Bien que dans le groupe l’autonomie de chacun demeure très grande, la cohérence est complète. Ce qui, sans aucun doute, vient de ce que tous ces travaux sont des objets Shockwave -Shockwave est une sorte super-Flash et Director un soft qui tourne depuis 87 : la puissance du logiciel réside dans la fusion du visuel, du son et de la programmation. Cependant la cohérence collective des travaux de ces artistes résulte avant tout des influences mutuelles et de leur entente. Peut-être, aussi, est-elle due aux spécificités de la tradition culturelle française : dès 1917, Apollinaire déclarait, dans l’Esprit Nouveau et les Poètes :

Ces artifices peuvent aller très loin encore et consommer la synthèse des arts, de la musique, de la peinture et de la littérature... Qu'on ne s'étonne point si, avec les seuls moyens dont ils disposent encore, ils s'efforcent de se préparer à cet art nouveau (plus vaste que l'art simple des paroles) où, chefs d'un orchestre d'une étendue inouie, ils auront à leur disposition: le monde entier, ses rumeurs et ses apparences, la pensée et le langage humain, le chant, la danse, tous les arts et tous les artifices, plus de mirages encore que ceux que pouvait faire surgir Morgane sur le Mont Gibel pour composer le livre vu et entendu de l'avenir.

Du jamais vu.
Profitez-enŠ

Je voudrais remercier les autres producteurs, traducteurs, et artistes ainsi que The Centre For Creative Communications à Toronto, où je me trouvais en tant qu’artiste en résidence pendant la production de Paris Connection, merci pour l’aide et l’énergie qu’ils ont apporté à la co-production Paris Connection. Ce fut une équipe chaleureuse.

 

INTRODUCTION Par Jim Andrews
Traduit par Philippe Castellin
 
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Co-édition février 2003, New York, Rio, Berlin, Toronto
 
Jean-Jacques Birgé Frédéric Durieu Jean-Luc Lamarque Nicolas Clauss Nicolas Clauss servovalve (Gregory Pignot) servovalve (Gregory Pignot) Antoine Schmitt